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Les juments en chaleur expliquées par une vétérinaire

Comme chaque année, « printemps » rime avec « chaleurs » pour les propriétaires de juments. Mais comment expliquer ce phénomène et quels sont les remèdes ? Dre. Fany Pairault, spécialisée dans la reproduction équine, a répondu aux questions de Moncheval.net.

Graduée en 2012 de l’Université de Montréal à Saint-Hyacinthe, Québec, Fany Pairault est vétérinaire équin. Elle a ensuite fait un Internat de Perfectionnement en Science Appliquée Vétérinaire (I.P.S.A.V.), en option médecine équine, également à l’Université de Montréal. Après avoir été vétérinaire ambulatoire dans la région de Lanaudière au Québec, puis vétérinaire dans une clinique offrant exclusivement des services de reproduction équine (insémination artificielle, transfert et congélation d’embryon, saillie naturelle, récolte d’étalon et congélation de semence, poulinage), elle a ouvert son propre service ambulatoire équin à l’été 2018. Elle offre uniquement des services de reproduction équine et ce, directement chez le client. Elle opère dans les régions de Lanaudière et des Basses-Laurentides.

Qu’est-ce que les « chaleurs » chez une jument ?

Les juments sont ce qu’on appelle des « polyoestriennes saisonnières », c’est-à-dire qu’elles ne sont fertiles que lors de cycles réguliers, pendant une certaine partie de l’année. Ces cycles dépendent de la durée du jour et de la température.

Dans l’hémisphère nord, la saison de reproduction s’étend de février à septembre. En fait, on peut diviser la physiologie du système reproducteur de la jument en 4 saisons, qui correspondent aux variations de la durée du jour.

Le pic de fertilité, donc la saison de reproduction, correspond aux journées les plus longues de l’année, autour du solstice d’été (21-22 juin). La première période de transition est caractérisée par un comportement oestral variable, mais pas d’ovulation. Elle a lieu lors de l’équinoxe d’automne (21-22 septembre). Le repos oestral appelé Anestrus a, quant à lui, lieu lors des journées les plus courtes de l’année, vers le solstice d’hiver (21-22 décembre). Enfin, une seconde période de transition, caractérisée cette fois par une ovulation, peut être observée lors du rallongement des jours, tout en étant centrée sur l’équinoxe de printemps (21-22 mars).

Toutefois, 15 à 20% des juments ne suivent pas ces cycles et peuvent donc être le sujet de différents cycles réguliers, tout au long de l’année. En plus, ce cycle saisonnier dépend de chaque jument et peut donc varier légèrement.

En plus de tout cela, le cycle oestral de la jument est divisé en 2 périodes : l’oestrus et le diestrus. Pendant l’oestrus, la jument est « en chaleur » et donc réceptive à l’étalon. C’est à la suite de cette phase que vient l’ovulation. Lors du diestrus, la jument n’est plus réceptive à l’étalon. Le système reproducteur se prépare alors soit à la gestation, soit au recommencement d’un nouveau cycle. La durée moyenne de ce cycle est de 21 à 22 jours (mais peut varier de 18 à 24 jours).

Quel(s) symptôme(s) une jument en chaleur présente-t-elle ?

La jument en chaleur change de comportement et de tempérament, ce qui est dû aux modifications hormonales. Elle peut être irritable et hennir facilement. La nervosité ou l’excitation sont également des signes que la jument peut être en chaleur. Enfin, elle peut plus facilement taquiner les autres chevaux, uriner souvent ou encore lever la queue.

Les chaleurs sont-elles toujours visibles ?

Certaines juments démontrent des signes évidents alors que d’autres n’affichent aucun signe. Dans ce cas, il faut un suivi échographique pour pouvoir déterminer où elles se trouvent dans leur cycle.

Les chaleurs peuvent-elles être douloureuses ?

Tout à fait. Pendant la chaleur, l’ovaire est particulièrement gros et un peu déformé. Selon le poids de l’ovaire, il tirera plus ou moins fort sur le ligament ovarien par lequel il est suspendu dans le ventre de la jument. Dès lors, cela peut être très douloureux pour la jument. De plus, cette douleur peut s’accentuer avec le travail.

Si les chaleurs sont douloureuses, comment peut-on le remarquer ?

On peut observer des signes d’inconfort, aussi bien au repos qu’au travail. Ils sont variables selon l’intensité de la douleur : jument qui se campe, fouettement de la queue, jument qui se regarde/se mord les flancs, signes de coliques, réticence au travail voire ruade, tempérament irritable, appétit capricieux…

Que peut-on faire si l’on se rend compte que sa jument a des douleurs lorsqu’elle est en chaleur ?

Il est important de noter si les douleurs reviennent de façon cyclique avec les chaleurs de la jument. Un examen physique général par le vétérinaire peur déceler tout problème de santé. Un examen échographique par le vétérinaire peut également être nécessaire pour s’assurer qu’il n’y a pas de pathologie ovarienne autre (tumeurs…).

Existe-t-il des produits ou des traitements pour soulager la jument qui a mal ?

 Dans un premier temps, on peut utiliser la phytothérapie (traitement des maladies par les plantes ou leurs extraits). En cas d’échec, des solutions hormonales existent :

  • Administration quotidienne d’hormone progestative (l’Altrenogest, que l’on trouve notamment dans le « Regu-Mate »). L’inconvénient est le coût de ce traitement, mais il est autorisé en compétition.
  • Protocole d’oxytocine : par le moyen d’injections intra-musculaires d’oxytocine, une hormone qui agit sur l’utérus. L’inconvénient de ce traitement : la multiplication des injections, mais son coût est plus abordable.

Pour l’anecdote, un traitement consistait autrefois en le placement d’une bille de verre dans l’utérus de la jument. Cette bille mimait en fait une gestation (comme un fœtus dans l’utérus) et empêchait ainsi la jument de retomber en chaleur. A l’heure actuelle, ce n’est plus de tout recommandé : les propriétaires vendaient parfois la jument en oubliant la présence de la bille, ce qui posait des problèmes de fertilité par la suite. Enfin, si la bille s’endommageait dans l’utérus, cela pouvait avoir des conséquences indésirables !

Découvres-en plus sur Dre. Fany Pairault sur sa page Facebook : Service Vétérinaire Ambulatoire Equin Dre. Fany Pairault !

Tu savais tout cela ? Ou tu as appris beaucoup de choses sur ce phénomène ? Partage cet article avec tes amis qui ont une jument !

 

Interview réalisée par notre stagiaire Marion Geubel

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